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  • : Photos de sorties de l'association VIVARMOR NATURE
  • : Découvrir la nature en Bretagne avec l'association Vivarmor Nature (10 boulevard Sévigné - 22000 SAINT-BRIEUC)
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  • GUILLAUME Michel (Vivarmor Nature)
  • J'aime faire un maximum de photos et les faire voir ensuite.
 Depuis plus de 30 ans, j'ai fondé une association de protection de la nature : Vivarmor Nature
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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 03:21

Vivarmor et les algues vertes en baie de St-Brieuc

(Communiqué de l'association à la presse locale)

 

Notre association est co-gestionnaire de la Réserve Naturelle de la baie de St-Brieuc, en charge de la gestion scientifique de celle-ci ; à ce titre nous sommes éminemment concernés par la découverte des 36 sangliers dans l’estuaire du Gouessant. Nous avons depuis le début participé à la recherche et à la collecte des animaux morts en aidant les agents du service départemental de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage et du Service Départemental d’Incendie et de Secours 22.

 

Ces découvertes ont eu lieu dans un secteur de la Réserve Naturelle où la protection est renforcée et c’est pourquoi nous attendions avec le plus grand intérêt de savoir quelle en était la véritable cause : l’hydrogène sulfuré (et donc les algues vertes), les cyanobactéries (et donc les retenues d’eau douces en amont) ou encore un empoisonnement (volontaire ou involontaire).

 

Aujourd’hui, la cause semble connue et les algues vertes sont incriminées, même si la Préfecture semble déborder d’énergie pour trouver une réponse différente.

 

Ces algues vertes, nous en parlons depuis plus de trente ans. En 1993, nous avons consacré à ce sujet un numéro entier du Râle d’Eau (notre bulletin d’information) ; c’était le numéro 76 et dans le numéro 143 de janvier 2011, nous avons, a nouveau, fait le point sur les causes de cette prolifération.

 

Depuis 1995 également (enquête publique sur le projet de Réserve Naturelle), nous demandons en complément pour cette Réserve que des mesures soient prises sur l’ensemble des bassins versants. L’affaire des sangliers montre bien que la protection de l’environnement et de la biodiversité impose des échelles de réflexion et d’actions globales, car les espaces protégés, aussi efficaces que soit leur protection, ne sont pas isolés du territoire qui les entoure.

 

L’état est responsable :

 

 La directive européenne du 12 décembre 1991 (dite « directive nitrates ») qui impose la lutte contre la pollution des eaux par les nitrates d’origine agricole aurait dû nous mettre sur la voie. Malheureusement les divers programmes, certainement sous la pression des lobbies agricoles, n’ont pas permis la mise en place d’une politique efficace et ambitieuse.

 

Les sangliers et la face caché de l’iceberg 

 

Le fond de baie de Saint-Brieuc par son fonctionnement écologique contribue à la production primaire de nombreux micro-organismes formant le plancton. Ces organismes sont à la base de nombreuses chaînes alimentaires et c’est ainsi par exemple que les jeunes bars de la baie de Saint-Brieuc viennent s’y nourrir, ou encore que les mytiliculteurs trouvent les conditions favorables à l’élevage des moules (10% de la production nationale).

 

Mais quelles sont les autres conséquences de la présence des algues vertes ? Les échouages d’algues, le H2S qu’elles ont produit… cela a sans doute tué les sangliers, mais cela peut aussi avoir un impact sur les autres organismes notamment planctoniques, impact invisible, moins médiatique mais ô combien important pour l’économie de la pêche par exemple ?

 

VivArmor souhaite aussi qu’à ces questions l’Etat réponde en mettant notamment en place un programme d’action efficace et concret associant des chercheurs, des agriculteurs, des pêcheurs, des citoyens, des élus…

 

Quelques précisions sur les algues vertes

(article paru dans le Râle d’Eau 143 de janvier 2011)

 

Le sujet certes n’est pas nouveau. Il y a 17 ans que le Râle d’eau a cru nécessaire de faire une mise au point très détaillée sur « Les algues vertes en baie de St-Brieuc » ! Mais il me semble nécessaire d’y revenir car depuis quelque temps l’opinion publique a mis la question à l’ordre du jour. Rappelez-vous il y a eu l’émission « Thalassa » (c’était en avril 2009)… il y a eu la mort du cheval puis des chiens… et les décès suspects d'une personne en contact avec le fameux H2S (Mr  MORFOISSE )… Alors maintenant que la question des algues vertes « est sur toutes les lèvres » (selon l’expression consacrée)…avec l’affaire des sangliers en plus… que la profession agricole, montrée du doigt,  se défend… allant (pour certains de ses représentants du moins) jusqu’à nier le rôle primordial des nitrates agricoles dans la prolifération des ulves… il m’a semblé nécessaire de refaire le point… et d’abord de rappeler ce que nous disions en 1993 dans le Râle d’eau n° 76).

 

Ce que nous disions déjà à l’époque

 

D’abord que (en 1993 donc) le phénomène n’était pas nouveau : « nous en parlions déjà en 1974… le numéro 10 du Râle d’eau faisait un premier point sur cette question en 1977 ! ». Mais en décembre 1993 nous consacrons (presque entièrement) le  numéro 76 de notre bulletin d’information  à cette question parce que le 25 septembre de cette année là nous avions invité Jean-Yves PIRIOU d’IFREMER à venir nous faire d’abord une sortie puis une conférence sur le sujet.

 Cela nous permettait d’écrire : « Aujourd’hui en effet la prolifération des algues vertes est bien connue dans son mécanisme, dans ses causes… mais pour autant, on préfère encore traiter le problème à son arrivée sur le littoral plutôt qu’à la source, ce qui n’est pas bien sûr la meilleure façon de le résoudre. »

 

Les causes de la prolifération des algues vertes

 

Nous expliquions d’abord (avec schémas à l’appui) que sur les 7 espèces d’Ulves connues, seules deux espèces sont impliquées dans le phénomène algues vertes (et l’une principalement, l’autre étant plus occasionnelle).

 

Nous insistions ensuite sur « les 3 conditions nécessaires à la prolifération des algues vertes »

 

«  Il est maintenant bien démontré que trois conditions doivent être réunies pour que se développent activement les ulves sur le littoral :

-         il faut d’abord un estran sableux étendu et à faible pente, ce qui favorise un effet de lagunage. Le réchauffement de l’eau est rapide ; la pénétration de la lumière se fait de manière homogène dans toute la masse de l’eau. Cela favorise enfin l’échouage des algues sur les plages à marée montante.

-         Il faut ensuite une arrivée d’eau douce avec une teneur élevée en nitrates. Si cette arrivée d’eau débouche directement dans la zone favorable, là où existe une masse flottante d’algues, celles-ci vont se développer rapidement.

-         Il faut enfin un piégeage de la masse d’eau… Si la circulation résiduelle de marée est très faible ou nulle, les algues ne sont pas dispersées et baignent toujours dans le milieu qui leur convient le mieux, d’où leur prolifération »

 

Sous le titre « Rapport avec les nitrates » nous expliquions bien que ces derniers (contrairement au phosphore, aux sels minéraux…) sont bien ce que l’on nomme en terme scientifique le « facteur limitant », ce qui veut dire (et un schéma le montre clairement) que si les flux d’azote sont réduits, la prolifération des algues le sera aussi… et inversement bien entendu !

 

Nous faisions ensuite l’historique des « marées vertes en baie de St-Brieuc » montrant que si l’on connaît le phénomène depuis 1952, celui-ci s’est régulièrement amplifié depuis, atteignant des records à partir des années 80.

 

Nous expliquions aussi que tous les bassins versants n’ont pas la même rôle (là aussi je cite) :

« … trois critères vont intervenir :

-         la pluviométrie efficace (pluviométrie moins évaporation) va conditionner les écoulements et les lessivages et elle peut être très variable

-         la nature géologique du sous-sol, va permettre ou non de stocker des réserves…

-         l’hydromorphie des sols qui est un indicateur de la saturation potentielle en eau, intervient aussi . De plus, elle conditionne les potentialités de dénitrification naturelle »

 

Nous fournissions enfin des références bibliographiques en précisant :

« l’essentiel de ce dossier est extrait des publications fournies à notre association par J.Y. PIRIOU à la suite de sa conférence du 25 septembre 1993 »

Et d’ailleurs avant de publier ce papier dans le Râle d’eau je lui en avais envoyé le texte pour correction et modifications éventuelles bien entendu !

 

Je tenais à apporter ces précisions car on entend maintenant :

 

1-     les nitrates ne sont pas à l’origine des marées vertes vu que celles-ci ne se développent pas dans des baies recevant des quantités importantes d’azote

Réponse à cela : le nitrate seul bien sûr ne suffit pas ! S’il n’y a pas d’algues présentes au moments opportuns… si les courants dispersent rapidement les flux d’azote entraînant vers le large les produits… bien sûr qu’il n’y aura pas de marées vertes.

  

2-     les nitrates ne sont pas les seuls responsables : le phosphore aussi intervient

Réponse : dans les retenues d’eau douce (où ce ne sont pas des ulves qui se développent mais des algues vertes microscopiques) le phosphore peut intervenir … mais en mer les teneurs naturelles en phosphore et son piégeage dans les sédiments côtiers sont tels que celui-ci (contrairement à l’azote) ne peut intervenir comme facteur limitant. Ceci n’étant pas une raison bien sûr  pour ne pas en limiter les rejets ! 

 

3-     la réduction des flux d’azote (là où des efforts ont été faits) n’a aucune influence immédiate

Réponse : il faut tenir compte des nitrates piégés dans les nappes phréatiques ! Ce n’est surtout pas une raison pour cesser les efforts en matière de réduction des flux !

 

De même qu’il ne faut pas mettre tous les « agriculteurs » dans le même panier… de même il ne faut pas ignorer d’autres sources possibles d’azote… mais celles-ci sont très limitées par rapport notamment aux flux provenant des lisiers (épandus de plus souvent à contre temps).  

 

Michel GUILLAUME

 

 

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GUILLAUME Michel (Vivarmor Nature) - dans vivarmor
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plombier paris 9ème 26/01/2015 14:15

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement